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Littérature

SYLVIA SERBIN: SON LIVRE EST UNE HISTOIRE AFRICAINE TRADUITE MALGRÉ ELLE

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Il était une fois un livre intitulé « Reines d’Afrique et héroïnes de la diaspora noire » dont l’histoire commença sous de très bons auspices. Son auteur, Sylvia Serbin, journaliste, historienne et écrivain, avait consigné pendant de nombreuses années une documentation importante pour donner naissance au premier ouvrage écrit sur des femmes noires en tant qu’actrices historiques. Couvrant une période allant de l’Antiquité au début du XXe siècle, cette Antillaise dont le père a été conseiller auprès de Léopold Sédar Senghor, traite de vingt-deux figures féminines – dirigeantes de royaume, femmes d’influence, guerrières, résistantes à l’esclavage ou mères de grands hommes – qui ont joué un rôle notable dans l’histoire de différents pays africains, mais aussi à Madagascar, aux Etats-Unis et dans les Antilles.

L’ouvrage est édité en France en octobre 2004 par les éditions Sepia. Trois tirages, quelque 7000 exemplaires vendus dans les pays francophones et une reconnaissance pour son auteure, invitée à PARTICIPER à des conférences au Brésil, Canada, Grande-Bretagne, en Afrique et aux Antilles. 

Une histoire africaine ridiculisée

Et un jour de novembre 2006, tout bascule. Mme Serbin découvre sur internet l’annonce de la sortie de la traduction allemande, le 15 du mois. N’ayant jamais eu connaissance de cette traduction, elle s’en inquiète auprès de son éditeur qui lui fait parvenir le 13 novembre le manuscrit. En allemand, langue qu’elle ne connaît pas. Aussi se met-elle à la recherche d’une personne pour traduire l’ouvrage, ce qui lui prendra un certain temps, ses moyens ne lui permettant pas de rémunérer un traducteur. C’est une professeure d’allemand qui, finalement, assurera la traduction et rend un verdict accablant : « C’est du sabotage. ». Mme Serbin découvre effarée que, sous le titre allemand Köninginnen Afrikas, publié par les éditions Peter Hammer Verlag, partenaire de l’éditeur français Sepia, plus de quatre cents paragraphes figurant dans l’ouvrage original qui fait 300 pages ont été supprimés ou transformés par des informations tronquées.

« Ces transformations visaient à nier ou occulter des événements historiques majeurs, notamment concernant le commerce négrier, affirme Mme Serbin. Des dates, des faits et des noms ont été modifiés ; des données importantes ont été remplacées par des contrevérités et des allégations fantaisistes dont les sources ne sont jamais citées, introduisant une totale confusion dans le récit, et trompant le lecteur sur la nature de l’ouvrage. » Et elle cite à titre d’exemple certaines figures emblématiques de l’histoire africaine, ridiculisées dans la traduction, comme Chaka, empereur des Zoulous, prétendument « à la chasse à l’éléphant avec un voyageur anglais », en pleine guerre de résistance contre les invasions européennes… Ou la suppression du paragraphe concernant l’implication du monde musulman, dont la Turquie, dans la traite négrière et son impact en Europe, en Russie et en Chine. « D’une manière générale, toutes les références au commerce esclavagiste ont été presque systématiquement supprimées dans le reste de l’ouvrage », affirme Mme Serbin. Dans un passage concernant la guerre des Boers, elle avance une thèse sur son interprétation des événements, laquelle disparaît dans la traduction pour être remplacée par une thèse contraire.

Arguant du fait qu’elle n’a jamais signifié son accord pour la traduction de son ouvrage et que jamais l’éditeur allemand ne lui a signalé son intention de procéder à des modifications, Sylvia Serbin fait alors appel à l’avocat Antoine Weil, qui saisit en avril 2007 le tribunal de Créteil en référé. Elle est déboutée, le tribunal estimant qu’il n’était pas compétent pour juger de cette affaire. Son avocat saisit alors le TGI de Créteil pour juger sur le fond. Elle est encore déboutée, le tribunal estimant que les éditeurs ne sont pas responsables. Elle fait appel, mais le tribunal confirme le premier jugement.

Quelques adaptations pour les besoins du public allemand

La bataille juridique pose le problème suivant : il est évident qu’il y a eu contrefaçon, mais qui est responsable ? Aux yeux de la justice française, ce n’est pas l’éditeur français, contre lequel Mme Serbin a porté plainte.

Que stipulent les contrats entre les parties ? Celui qui lie l’auteure et son éditeur autorise des tiers à publier des traductions sous le contrôle de l’éditeur français et précise que rien ne doit être modifié sans l’aval de l’auteur. Ce qui est conforme à la loi sur la propriété intellectuelle. « Mais dans le contrat passé entre les deux éditeurs, le nom de Mme Serbin n’apparaît pas, seul le titre du livre est mentionné. Il est également spécifié qu’en cas de litige, ce sont les tribunaux français qui doivent se prononcer et qu’en cas de problème de traduction, l’éditeur français peut se retourner contre son partenaire et mettre fin à leur partenariat », précise Maître Antoine Weil.

Lors du référé, l’éditeur français affirme ne pas comprendre ce qui s’est passé et demande à attendre les explications de son homologue allemand. Lorsque le TGI est saisi sur le fond, l’éditeur allemand affirme qu’il a traduit l’ouvrage fidèlement, en procédant à quelques adaptations pour les besoins du public allemand. Il produit un email émanant de Sépia affirmant que Mme Serbin « semble être contente de la traduction ». Un accord qui aurait été donné par téléphone, ce que CONTESTEtotalement l’historienne, mais que confirme son éditeur, qui a fait témoigner en ce sens une de ses employées affirmant avoir reçu ce coup de téléphone. « J’étais présent dans la salle lorsque cette conversation téléphonique a eu lieu », affirme-t-il. Ce que nie farouchement Mme Serbin. Parole contre parole.

Ce témoignage, déclaré irrecevable au premier jugement car émanant d’une employée de Sepia, sera accepté en jugement d’appel, qui confirme la première décision en dédouanant l’éditeur allemand : ayant reçu le feu vert de Sepia, il n’a commis aucune faute. Seule la responsabilité des éditeurs est jugée, la contrefaçon n’est pas prise en compte. La demande de Mme Serbin pour que soit mis fin à son contrat avec l’éditeur Sepia a également été rejetée.

« Tous les textes se rapportant au code de la propriété intellectuelle interdisent ce qu’ont fait les deux éditeurs, s’insurge Maître Veil. Le contrat stipule que la traduction doit se faire sous le contrôle de l’éditeur français, il est donc responsable. » Ce à quoi Patrick Mérand, créateur des éditions Sepia, répond qu’il est impossible de vérifier mot à mot les traductions et qu’aucun éditeur sur la place de Paris ne le fait. « Avant la publication de la traduction, l’éditeur allemand m’avait demandé s’il pouvait retirer deux chapitres. J’ai demandé à l’auteure, qui a refusé, et transmis son refus aux éditions Peter Hammer Verlag », précise-t-il.

La « passion » d’une traductrice

Si la responsabilité des éditeurs reste posée, le nœud du problème se niche dans les « détails » d’une traduction qui s’autorise bien des libertés. Après la publication de son livre en Allemagne, Mme Serbin reçoit une lettre de la traductrice qui se dit passionnée d’Afrique et exprime toute la satisfaction qu’elle a éprouvé en réalisant ce travail de traduction. Elle y a mis beaucoup d’elle-même, c’est certain. Ce que ne CONTESTE pas Patrick Mérand : « Je reconnais que la traductrice a poussé un peu loin l’adaptation de ce texte. Elle a vécu en Afrique et a voulu donner quelques sentiments personnels. Elle s’est crûe autorisée à faire des commentaires. D’où des passages et des illustrations différents. Mais je ne trouve pas que ces changements soient choquants et je ne pense pas qu’ils émanent d’une volonté de travestir l’histoire. »

Pour le reste, il estime que la justice ayant tranché deux fois en sa faveur, sa responsabilité n’est pas engagée. Dans le fond, cet éditeur spécialisé sur les ouvrages consacrés à l’Afrique et aux Antilles, qui affirme ne jamais avoir connu de contentieux avec aucun de ses auteurs jusque-là, regrette la façon dont les choses se sont passées : « Je ne CONTESTE pas le fait que les deux textes présentent des différences. Mais Mme Serbin a saisi le tribunal en référé sans avoir tenté une procédure amiable. Elle m’a attaqué, elle a perdu. Si elle avait agi autrement, nous aurions pu faire une action ensemble vis-à-vis de l’éditeur allemand. »

Aujourd’hui, le livre est toujours édité en Allemagne, au grand dam de son auteure. « Des pétitions pour le retrait de l’ouvrage ont circulé, des journaux et des sites allemands ont évoqué cette affaire, des intellectuels germanophones m’ont prise à parti au cours de conférences, rien n’y a fait. » Ereintée financièrement et psychologiquement par sa lutte juridique, Sylvia Serbin a néanmoins saisi en juillet 2010 l’instance de recours ultime, la Cour de Cassation en faisant appel à l’aide juridictionnelle. « Nous ne pouvons pas accepter une décision qui bafoue à ce point le droit d’auteur, d’autant qu’il s’agit de sujets sensibles sur l’Afrique ou le commerce des esclaves, en particulier dans le contexte actuel, assène Maître Weil. Je suis également avocat de maison d’édition et je n’ai jamais vu qu’un ouvrage puisse être aussi déformé en toute impunité. »

En attendant le verdict, Sylvia Serbin travaille à un autre ouvrage consacré aux pionnières noires du XXe siècle qui se sont engagées dans des mouvements politiques et CULTURELS dans le monde. Avec un goût amer dans la bouche : «  Je ne pensais pas que, dans un pays démocratique, on pouvait à ce point manipuler vos idées. »

Pascale Colisson

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Littérature

PAOLO COELHO: Être simple, c’est ce qu’il y a de plus difficile

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Né à Rio de Janeiro, Paolo Coelho fréquente l’école jésuite de San Ignacio, et se forge un caractère rebelle sous l’éducation rigoureuse des Pères. Le souhait de ses parents était de voir leur progéniture devenir ingénieur, comme le père, qui désemparé par cet enfant difficile, qui préfère le théâtre, le fait interner dans un hôpital psychiatrique. Paolo n’avait que dix-sept ans. Quelques années plus tard l’écrivain s’inspira de cette pénible expérience qui en résultera d’un roman intitulé Véronika décide de mourir.

En 1970, Paolo quitte sa ville natale pour voyager à travers la Bolivie, le Pérou, le Chili, le Mexique, y compris l’Europe et l’Afrique du nord. De retour au Brésil, deux ans plus tard, il se met à composer des paroles de chansons populaires auxquelles participent des musiciens tels que Raul Seixas. Cette collaboration contribue à changer le visage de la scène rock brésilienne. Ce fut un succès.
Paolo Coelho rencontre sa femme Cristina, artiste peintre, en se réconciliant avec la confession catholique.

En 1974, l’écrivain est emprisonné pour avoir commis des gestes subversifs contre la dictature brésilienne.
Aspirant à une vie ordinaire après cette expérience, Paolo Coelho se spécialise dans la musique brésilienne en tant que journalise et décroche un travail chez Polygram. En 1978, il quitte son travail et sa femme. En 1987, il trouve l’inspiration de son premier livre Le Pèlerin de Compostelle, sur le chemin de pèlerinage de Saint Jacques de Compostelle, qui ne sera exporté que dix ans plus tard.

En 1988, Paolo est rendu célèbre par la publication du roman l’Alchimiste (Jean Pierre Santiago). Ouvrage dont la source de la légende n’est autre que celle du fondateur d’une synagogue de Cracovie : Isaac Jakubowicz, basé sur une nouvelle de Jorge Luis Borges, le compte des deux rêveurs. Vendu à plus de 11 millions d’exemplaires, et traduit en 41 langues.

« Je pense que les écrivains écrivent, les critiques critiquent et les lecteurs lisent. En se qui concerne la simplicité de mes livres, je donne entièrement raison à mes critiques. Être simple, c’est ce qu’il y a de plus difficile », réponse faisant suite aux critiques faites par certains détracteurs, stipulant que bien qu’il soit l’écrivain le plus connu, et membre de l’académie des lettres depuis 2002, et l’immense publicité qui accompagne la sortie de chacune de ses œuvres et ses fautes de grammaire, il manque d’originalité.
Malgré tout, Paolo Coelho reste l’un des écrivains les plus lus et les plus influents du XXIe siècle.

 

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MARIE-FRANCE BOKASSA: Au château de l’ogre

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Marie-France Bokassa, fille de l’ex-empereur de Centrafrique, a grandi au château d’Hardricourt, dans les Yvelines, avec ses frères et sœurs soumis à une discipline militaire et laissés dans le plus grand dénuement. Elle raconte une enfance folle et sa fuite hors du château.

J’étais une princesse et je vivais dans un château. Mon enfance, vue de loin, tenait du conte de fées. Et pourtant je ne fus pas heureuse. Car l’ogre était mon père.
Je suis née en Centrafrique en 1974, à l’hôpital de Bangui, la capitale. Mon père était le président de cette république et ma mère, une jeune fille de seulement quinze ans venue de l’île de Taïwan.
Mon père a eu deux enfants avec ma mère, et affirmait en avoir au total cinquante-six, nés de dis-sept femmes d’origines géographiques différentes : de Roumanie, du Vietnam, de Taïwan, de Côte d’Ivoire, du Cameroun, du Liban, de France et d’ailleurs. Ils les avaient rencontrées lors de voyages officiels.
J’ai fait mes premiers pas sur la belle terre rouge d’Afrique. Dix ans après sa prise du pouvoir en République centrafricaine, mon père a décidé de s’autoproclamer empereur. En 1977, il a organisé la cérémonie du sacre et, presque simultanément, a choisi de mettre sa progéniture à l’abri en Europe. Il a informé les mamans de la séparation imminente, afin de protéger les enfants d’éventuelles tentatives d’attentat.

Broché: 208 pages

Éditeur : FLAMMARION (20 février 2019)

Collection : ARTHAUD – COLL

Langue : Français

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Littérature

CALIXTE BEYALA – LA FAIBLESSE DE LˊAFRIQUE EST LIÉE AU MANQUE DE LECTUREˮ

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Grand prix littéraire de l’Afrique Noir pour son romain« Maman a un amant », Grand prix du roman de l’Académie Française pour « Les honneurs perdus », Grand Prix de l’Unicef pour « La petite fille du réverbère ».Que de prix et de titres honorifiques cumulés, entre autres chevalier des arts et des lettres, et chevalier de la Légion d’Honneur 2010 en France. Calixte Beyala, un nom respecté à tort ou à raison par les médias, les politiques, et la confrérie des écrivains. Calixte est l’instigatrice et porte-parole de l’association collectif égalité, fondée en décembre 1998, à laquelle se joignent l’humoriste Dieudonné, le chanteur Manu Dibango et Luc Saint-Eloy. L’absence des noirs dans les médias-audiovisuels la pousse à déposer plainte contre le gouvernement français et le CSA. Cette démarche a objectivement aboutie, puisque le président du CSA de l’époque, Hervé Bourges a reçu le collectif en octobre 1999. Avide de l’égalité et des droits de l’homme, Calixte Beyala se présente avec Luc Saint-Eloy sur la scène de la cérémonie des César du cinéma
pour y revendiquer une plus grande présence des minorités sur les écrans français, et rend hommage à la comédienne Darlin Légitimus, décédée en décembre 1999, que les organisateurs de l’événement n’avaient pas citée lors de leur hommage aux comédiens disparus au cours de l’année précédente.
Le 22 février 2005, elle intervient dans le quotidien le monde pour réfuter toute hiérarchie dans la souffrance elle lance un appel au dialogue entre Noirs et Juifs, et
condamne les positions prises par le comédien Dieudonné. Pendant que tous les Français, ou presque étaient contre la visite de Mouammar Kadhafi en France, Calixte se distingue en saluant les actions politiques du président libyen dans le Figaro du 12 décembre 2007 et dans l’émission télévisée « Revu et Corrigé » sur France 5.Membre du comité de parrainage de la coordination française pour la décennie de la culture de paix et de non-violence, Calixte Beyala s’est engagée pour la promotion de la francophonie, la Maison des peuples d’Afrique et la lutte contre le sida. Ses prises de positions militantes et son action associative ont été récompensées par le prix de l’Action communautaire en 2000.On se souvient du procès qu’elle a intenté à Michel Drucker, dont elle fût la maîtresse, pour n’avoir pas été rémunéré pour sa collaboration à un livre de l’animateur français de télé, qui lui a versé 40 000 euros après avoir été condamné. C’ était en janvier 2011.

JMK

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